Aimer un homme … sans sa mère
28 juillet 2009 par Anne Claire
Classé dans A la Une, Lifestyle, Quotidien

Ça n’est pas simple d’avoir dans sa vie un homme qui n’a plus sa mère.
Déjà parce qu’on ressent le poids de l’absence, quand on a ses parents on n’imagine pas à quel point ça peut être pesant de ne plus avoir sa mère, du coup on ne sait pas comment on doit se comporter. Alors on fait des trucs cons, sans aucun sens.
On attend devant le cimetière en refusant d’entrer. A sa mère, on peut présenter plusieurs personnes, elle peut comprendre qu’on puisse se tromper, mais pas une tombe. On doit présenter une seule personne. Donc on attendra.
Le jour de « l’anniversaire » de sa mort, on fait profil bas, on rebondit dans tous les sens, en se disant que, peut-être, il a oublié que c’était aujourd’hui. Au moins, on essaie …
On doit être plus indulgente : à lui, on ne lui a pas dit qui fallait faire un ourlet au rideau du salon, on ne le lui a pas fait d’ailleurs, ça tenait avec des agrafes. On ne l’appelle pas pour lui rappeler qu’on a changé d’heure, on ne lui dit pas non plus qu’à la météo ils ont prévu une grosse vague de froid pour le lendemain.
Quand on vit à côté de celui qui n’a plus de mère, on sait qu’on n’a pas le droit à l’erreur.
Lui, il faut le protéger, on ne le trompe pas, on ne le quitte pas sur un coup de tête, on doit l’aimer à fond. Il a déjà perdu la femme de sa vie, il ne faudrait quand même pas qu’il pense qu’il n’est pas apte à garder celles qu’il aime.
On veut lui faire découvrir ou redécouvrir ce qu’il aurait toujours dû avoir : des petits plats maisons dont on récupère la recette dans le livre de cuisine de famille, on lui glisse son écharpe au cou avant de sortir, on lui recoud un bouton fugueur, on sait que sinon, il se trimballera toujours avec un manteau mal fermé.
Vous ne le maternez pas, tout ça ne suffirait pas à faire de vous une bonne mère, mais vous savez qu’il y a des choses qui doivent forcément manquer. Avant de le rencontrer et de vivre ça au quotidien, vous n’y accordiez pas beaucoup d’importance, vous disant que ça faisait partie du quotidien de la relation mère-enfant, mais quand vous voyez l’absence, ça vous froisse et vous raidit.
Quand vous rencontrez sa famille, vous êtes surpris qu’ils sachent quels sont les plats que vous faites le mieux, avant de connaître votre métier. Vous êtes surprise quand vous les voyez s’extasiez sur la déco plutôt que de s’attarder sur vos études.
Vous sentez qu’ils espèrent que le fils / le frère fait sa vie avec quelqu’un capable de lui apporter ce qu’il n’a plus depuis qu’il a perdu sa mère.
Vous ne le maternez pas, parce qu’il vous a très vite dit qu’il n’avait plus sa mère, du coup vous avez mis certains gestes, certaines paroles en sourdine, au cas où. Parce qu’il n’y a rien de pire qu’un garçon qui recherche une mère. Passée la période de test, style « T’as bien compris que je n’étais pas ta mère, que je n’essayais pas de la remplacer », vous ressortez au compte-goutte ces petites attentions.
C’est peut-être con, mais vous culpabilisez d’avoir tout ce qu’il n’a plus.
Quand votre mère vous appelle un quart d’heure, juste comme ça, vous avez envie que son téléphone sonne.
Vous n’avez pas envie de lui annoncer que pour le week-end prochain c’est la fête des mères et que vous allez donc logiquement chez vos parents. Vous avez envie que lui aussi ai son « impératif ».
Vous avez envie qu’on lui ai fait son gâteau préféré pour son anniversaire, que quelqu’un lui ai préparé le plat de son enfance.
Ca vous fait tellement mal au cœur de voir tout ce qu’il n’a plus que vous vous imaginez comment serait votre vie sans votre mère, en sachant que ça ne sert à rien de projeter l’inévitable. Vous l’admirez pour sa force, pour son courage, parce que c’est un déchirement au quotidien et que vous vous sentez toute petite devant cette absence.
Vous comprenez mieux pourquoi il panique au moindre symptôme, à la moindre suspicion de maladie, vous comprenez pourquoi il s’inquiète un peu quand vous traînez en faisant vos courses et que les camions de pompiers défilent sous la fenêtre. Tout ce qui vous refroidit aujourd’hui, tout ce que vous appréhendez, il l’a vécu. Perdre un proche il sait ce que c’est, le « ça n’arrive qu’aux autres » lui est tombé dessus, pourquoi est-ce que le sort ne s’acharnerait pas encore une fois sur lui ?
Quand vous voyez les séquelles que laisse l’absence d’une mère sur son enfant, sur une famille, vous vous dites que, si un jour vous avez des enfants, il faudra arrêter de déconner, il faudra être irréprochable et responsable.
Parce que vous vous surprenez à regretter de ne pas avoir de belle-mère, vous posez beaucoup de questions sur celle qui n’est plus vraiment là . Vous voulez tout savoir, la mère d’un garçon est la personne qui l’a le plus aimé, et réciproquement, c’est aussi celle à qui personne n’arrivera jamais à la cheville. Elle laisse derrière elle uniquement des qualités, des bons souvenirs. Les revers, les petits défauts du quotidien sont partis avec elle et elle trône là , toute parfaite qu’elle est et vous sentez son poids, sous tous vos défauts. Alors vous êtes constamment partagée, vous rêvez d’être aimée de cette façon, d’avoir autant d’importance dans la vie de quelqu’un, et en même temps, vous projetez comme mère veut dire être responsable de tout ce malheur, de toutes ces carences, et ça, il n’en est pas question.
Pour finir, tout ca, ça n’est pas simple non plus…
Très jolie photo trouvée ici







Quel bel article !
Moi j’ai vécu avec une maman sans maman … pas évident non plus ….
je ne peux qu’imaginer ce que ça fait de vivre sans mère, rien que d’y penser j’en ai des frissons. ça ne doit vraiment pas être facile.
@ Eamimi: Effectivement, ça doit être très difficile. On croise les doigts et on serre les fesses …
@ Annick : Comme tu dis, et il n’y a aucun moment de répits …
Je suis touchée par ton article… pas parce que je connais la situation mais parce que je suis entourée de gens qui ont grandi sans père… et que rien que le fait de vivre sans un de ses parents est déjà perturbant… ça l’est encore plus quand il s’agit de la mère… effectivement.
En tout cas bravo…
Alors là , alors là , Anne Claire, faut qu’on parle. Je ne suis pas du tout d’accord, avec au moins la moitié de l’article. Je manque de temps et d’inspiration pour répondre mais ca m’a carrément donné nvie d’écrire un post sur le sujet…
En gros: si tu dis juste que face à un mec qui n’a plus sa maman (c’est pas si exceptionnel, en passant)on est naturellement plus ceci ou cela, ok. Mais même si tu parles principalement des réactions de la personne ne face, ca induit des choses peu réalistes. Ca va, moi on a jamais pris autant de pincettes pour moi! (peut être que je devrais sortir avec toi, tu me traiterais comme un eprincesse, youpi!) En plus, tu ne parles pas du délai passé depuis le décès, et ca, c’est un facteur important. Pour l’avoir vécu, non on n’y pense pas forcément, non on a pas forcément envie de se tirer une balle le jour de la fête des mères et en tout cas, on s’inquiète plutôt de na pas déclencher d’attitudes « différentes » en face, comme justement quand tu dis que « celui là on ne le trompe pas » etc…Bien sûr, dans la famille « j’ai déjà donné », on a pas besoin de souffrir en plus à cause de la perte d’une autre femme mais je t’assure que moi ce qui me préocippe toujours en début de relation, c’est que le mec ne se sente pas « obligé » de rester ou de s’attendrir. Je veux juste qu’il soit normal et qu’il reste avc moi parce qu’il m’aime, pas car il a peur de me faire souffrir.
voilà …on en parle quand tu veux (à quand un article en forme de dialogue entre nous?)
(Tu me diras, faut déjà que fasse celui sur la trentaine…)
kiss
J’ai rencontré depuis peu un homme qui a perdu sa mère à la naissance ; bref le jour de son anniversaire ; il a 53 ans et cela fait à peine 2 mois que l’on est ensemble et je m’aperçois qu’il continue à communiquer tous les jours avec des femmes sur internet à mon insu et leur propose même de les rencontrer.Il a un coté rebelle, panique et se stresse beaucoup n’arrête pas de regarder les autres femmes en me disant qu’elles sont exceptionnelles ,ses femmes passées. Bref dans notre lit il y a beaucoup de fantômes. Il s’accroche à moi et me rejette à la fois . Que faire . Il faut toujours que je l’aide et moi je dois patienter. Il semble très égocentrique vais-je dans le mur avec lui? Quelle attitude adopter lorsqu’il me « bassine »Par contre il est très tendre attentionné parfois. Il me retient et de l’autre coté essaie de me rendre jalouse me dévalorise au niveau de mon physique.