Être homo aujourd’hui …

homoOK

C’est en discutant avec une amie qui m’a fait confiance en se confiant à moi, en me racontant son quotidien, en m’expliquant ses doutes et ses peurs, que j’ai écrit cette note. Parce que même si beaucoup de choses ont évolué, ça reste encore un déchirement pour certaines personnes : celles qui n’ont pas encore fait leur « coming out » auprès de leur famille ou pour qui ça ne s’est pas bien passé …

Être homo aujourd’hui à Paris, ça n’est pas aussi simple que ce que l’on dit …

« Oh, être homo en 2009 c’est quand même plus facile qu’il y a 20 ans », « Ca n’est plus une honte, c’est même devenu une tendance, c’est à la mode d’être gay aujourd’hui », « C’est sympa les homos, je les adore, on rigole toujours avec eux ». et autres préjugés abracadabrantesques.

Parce qu’être lesbienne, même aujourd’hui, même à Paris, ça n’a rien de facile.

C’est devoir cacher à ses propres parents la vérité pendant des années. C’est mentir en s’inventant des petits mais imaginaires, ceux de passage, celui qui nous a brisé le cœur et qui fait qu’aujourd’hui, quelques années après, on est célibataire… Une bonne réponse aux questions oppressantes d’une mère qui attend désespérément d’être grand-mère, comme toutes ses amies de son âge … Avoir une fille qui a le cœur brisé c’est plus facile à assumer qu’avoir une fille lesbienne, alors on lui donne cette explication.

C’est se dire que malgré toutes les allusions, malgré tous les petits messages envoyés, il va falloir passer par l’étape de l’annonce officielle. Parce que même si on essaie de mettre la puce à l’oreille, de préparer les terrain, il y a des messages qui ne peuvent pas être reçus.

Être homo, même aujourd’hui, même a Paris, c’est devoir affronter le regard des autres sur sa différence. C’est voir dans les yeux des autres que la première chose qu’ils s’imaginent quand on leur annonce notre préférence, c’est nos parties de jambes en l’air. Comme si, lorsqu’une femme annonçait qu’elle est mariée, on l’imaginait dans le lit conjugal avec Monsieur. C’est que c’est sexy d’être lesbienne, c’est pas de l’amour en fait, c’est juste une question de coucheries, non ? Et bien non …

Être homo, c’est se surprendre à sourire à des blagues homophobes, à des moqueries, parce qu’il y a des jours, c’est y repenser le soir dans son lit ou devant le miroir et d’un coup avoir honte et se dégoûter.

Quand on est homo et que sa famille ne le sait pas, c’est avoir un mélange d’énervement et de tristesse continu, c’est se dire que quand même, ça n’est pas normal de leur cacher ce qu’il  y a au fond de soi. Comment est-ce qu’on peut cacher ça à sa famille, à ses frères et sœurs ? On se dit que ça n’est pas honnête, mais si jamais on été rejetté, comment est-ce qu’on pourrait se construire ?

Être homo c’est se voir réfléchir à la meilleure façon de faire le moins de mal. On entend parler de « chercher à être heureux », de « tout faire pour trouver son bonheur ». On entend aussi « épanouissement et confiance en soi», « Être heureux envers et contre tous ». Sauf que c’est difficile de concevoir le bonheur sans avoir ses proches autour de soi. Dans le texte c’est joli, ça donne envie, mais imaginer un Noël sans ses parents, imaginer le malaise au sein de la famille après l’annonce, ça n’est pas envisageable.

C’est devoir entendre « Ca va te passer », comme un rhume qui passe au bout de quelques jours, comme un virus qui disparaît avec un peu de temps et de patience.

C’est devoir entendre les blagues de ses collègues qui n’ont pas remarqué la porte à demie fermée, c’est les entendre glousser quand on parle avec une autre collègue.
En soirée, c’est voir les mecs sourire bêtement quand on s’approche de leur copine ou s’approcher fièrement pour s’immiscer dans le truc, on sait jamais, y’a p’t’être moyen de moyenner …

Attends, on est en 2009, c’est la mode, tout ça …

C’est aussi, parfois, ne se retrouver dans aucune case. Lesbienne, oui, camionneuse, non. Lesbienne, OK, mais pas juste par mode et par provocation dans le métro devant tout le monde. Une fois encore, être lesbienne, ça n’est pas qu’une histoire de cul, c’est projeter sa vie avec quelqu’un, ce sont des sentiments …

C’est devoir rester au stade 1 d’une histoire, ne pas pouvoir présenter sa famille à sa copine parce que la famille n’est pas au courant. Alors ça fait fuir l’autre fille, normal, sans engagement, pas d’avenir.

Mais en même temps, s’il faut officialiser, faire son « coming out » auprès de sa famille, mieux vaut avoir à ses côtés une personne à qui on tient vraiment, parce que c’est quand même risquer de se prendre la claque de sa vie. C’est risquer d’entendre des mots très durs, de voir des réactions plus ou moins violentes et quand on est homo on connaît forcément des personnes pour qui l’annonce ne s’est pas faite sans violence …

Parce que bien sûr, sur le papier, dans les beaux discours, des parents aimeront toujours leurs enfants, mais si finalement décevoir ses parents c’était pire que de ne pas être aimé ?

Avoir une fille homo c’est parfois devoir faire une croix sur être grands-parents, sur le gendre bricoleur, c’est faire bifurquer le fleuve tranquille, c’est devoir assumer le regard de personnes issues de génération pour lesquelles l’homosexualité c’est encore beaucoup de tabous et de honte.

Et pour tout ça, être homo aujourd’hui, c’est difficile, et ça n’est pas parce que les stars de pacotille s’exhibe au choix avec un homme ou une femme, que ça fait rêver les foules, que chacun prône la liberté, que c’est plus facile.

Parce qu’être dans la tendance, finalement, c’est difficile, les tendances passent mais quand on fond on sait que c’est plus profond et que dans 10, 20 ou 40 ans on sera toujours homo, on se demande si à un moment on va pouvoir profiter d’une accalmie et trouver enfin un équilibre entre notre vie sentimentale et tout le reste …

Visuel : Dolce&Gabbana

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